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Le digital et les établissements d’enseignement supérieur ?

  • Résumé
    La digitalisation est un phénomène qui a commencé il y maintenant plusieurs années dans l’enseignement supérieur (on parlait avant de FOAD pour Formation Ouverte A Distance, de E-Learning, etc.) et a fait naître de nombreuses innovations, tant sur le contenu que sur l’ingénierie pédagogique en passant même par l’émergence de nouveaux modèles économiques et de nouveaux acteurs (le CNED en France, l’université de Phoenix aux Etats-Unis, OpenClassrooms, etc.).
    Citation : Tran, S. (Nov 2021). Le digital et les établissements d’enseignement supérieur ?. Management et Datascience, 5(6). https://doi.org/10.36863/mds.a.18606.
    L'auteur : 
    • Sébastien Tran
       (sebastien.tran@devinci.fr) - EMLV
    Copyright : © 2021 l'auteur. Publication sous licence Creative Commons CC BY-ND.
    Liens d'intérêts : 
    Financement : 
    Texte complet

    De nombreux acteurs de l’ESR (Enseignement Supérieur et de la Recherche, ndlr) au niveau national et international ont d’ailleurs investi, parfois massivement, dans des ressources permettant de digitaliser tout ou partie de leur enseignement et de compléter leur offre de formations (IonisX, rachat de Studi par Galileo, etc.). A cela s’ajoute le développement fulgurant des prestataires dits « EdTech » (Kartable, 360learning, Appscho, Klaxoon, etc.) pour proposer diverses solutions aux établissements (plateformes d’apprentissage, LMS, Moocs, etc.). Au niveau mondial, ce marché des EdTechs est estimé à 325 milliards de dollars et 700 Millions d’Euros en France.

    La crise de la Covid-19 a accéléré la digitalisation dans l’enseignement supérieur et certaines tendances structurelles qui avaient commencé à se dessiner depuis quelques années comme le souligne Franck Bournois, directeur de l’ESCP. Dans une récente étude publiée en 2021 de l’organisme d’accréditation internationale AMBA, 83% des dirigeants de business schools déclaraient que la pandémie a des impacts majeurs sur leur stratégie à long-terme et 82% que leur établissement vont continuer à investir massivement dans les technologies liées à la digitalisation.

    Digitalisation : derrière un concept médiatique une réalité très complexe

    Le digital recouvre des outils et des pédagogies très différentes qui ont évolué avec les progrès technologiques réalisés depuis quelques années (Internet à haut débit, outils collaboratifs, outils de visio-conférence, applications sur smartphone, etc.). L’un des faits marquants de ce progrès est la possibilité d’intégrer un mode synchrone dans l’apprentissage, permettant ainsi la possibilité d’échanges directs entre les apprenants et avec le formateur. Cette évolution est majeure car elle a considérablement enrichi la combinaison des pratiques d’apprentissage et la sophistication de l’ingénierie pédagogique pour les créateurs de contenus ou les enseignants. Toutes ces modalités d’apprentissage en ligne ont été regroupées sous l’acronyme TICE (Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Education) avec cette définition très englobante : « tout dispositif de formation qui utilise un réseau local, étendu ou Internet pour diffuser, ou interagir ou communiquer » (Ben AbidZarrouk, 2011).

    Tab 1. La variété des formes de digitalisation

    Source : Jacquot et Hoffman (2021), d’après Ghozlane (2016)

    La pandémie a fortement accentué la digitalisation dans l’ESR bien que de nombreux établissements avaient déjà commencé à la mettre en œuvre depuis quelques années avec plusieurs modèles en termes de valeur et de monétisation. Cela s’explique également par une forme de mimétisme et la crainte d’être « disrupté » par de nouveaux acteurs (Tran, 2020). Au-delà des investissements matériels, immatériels et humains, il est clair que la digitalisation a remis l’apprenant au centre du modèle pédagogique des établissements.

    Le prochain défi de l’ESR : un modèle pédagogique d’apprentissage recentré sur l’apprenant avec un « sur mesure » de masse

    Ces évolutions technologiques ont également contribué à mettre beaucoup plus en avant le profil des apprenants et leurs pratiques. C’est sans nul doute le défi de cette période où l’on passe d’un modèle de « teacher-centered pedagogy » à celui de « learner-centered pedagogy » (Benraouane, 2011). La croissance démographique et la diversification de l’offre de formations dans l’ESR a conduit à un phénomène de massification, de recherche d’une taille critique et d’une logique de « cluster » (COMUE, établissement expérimental, etc.) pour gagner en visibilité à l’échelle internationale. Le digital est d’ailleurs un des leviers pour permettre de toucher un public plus large, que cela soit hors de la zone géographique d’origine des établissements ou à l’international, et de développer des formations à destination de nouveaux publics (dont notamment la formation continue).

    Cette transformation numérique dans l’ESR soulève néanmoins une problématique d’appropriation par les apprenants que l’on retrouve généralement pour les innovations, à savoir prendre en compte plus finement les usages qui peuvent parfois être en décalage avec les perceptions. L’exemple le plus classique est celui de la maitrise des outils digitaux avec une hypothèse fausse largement répandue, à savoir que la génération « digital natives » serait plus à l’aise. Même si leur usage est très développé en dehors du contexte scolaire, certaines études montrent que ce sont plutôt les 25-35 ans qui savent le mieux utiliser les outils digitaux dans un contexte d’apprentissage (Genevois et Poyet, 2009). Digitaliser tout ou partie d’une formation remet donc au centre plusieurs dimensions intrinsèques à l’apprenant que nous présentons dans le tableau ci-dessous sachant que cela n’est pas exhaustif.

    Tab. 2 : Le carré de l’apprenant

     

    La problématique qui se pose aux établissements est donc d’ajuster leur modèle pédagogique selon les profils des apprenants (Jacquot et Hoffman, 2021). Or, ces profils peuvent s’avérer très hétérogènes, y compris au sein d’une formation de même niveau. Par exemple, au sein du programme grande école de l’EMLV (école de management), une étude interne en 2021 montre que les étudiants en alternance dans le cycle master ont de très fortes aspirations à suivre leur formation en ligne par rapport aux étudiants en formation initiale. Cela s’explique par leur statut (ils se considèrent autant comme des salariés que des étudiants), la nature du financement de leur formation (l’entreprise prend en charge leur frais de scolarité qui est souvent leur seul moyen de suivre la formation),  leur rapport au temps (ils travaillent en entreprise à un endroit et suivent leur formation à la Défense) et leurs habitudes de travail (pour la plupart d’entre eux, ils bénéficient d’un dispositif de télétravail en entreprise et sont habitués à travailler à distance).

    Compte-tenu des ressources, des compétences nécessaires et du coût d’entrée pour digitaliser tout ou partie d’une formation (équipement informatique, formation des enseignants, tutorat, ingénierie pédagogique et logistique, etc.), les établissements doivent pleinement intégrer leurs choix pédagogiques en termes de digitalisation dans leur stratégie (positionnement sur le marché et par rapport aux concurrents, portefeuille d’offre de formations, taille critique, modèle économique, etc.). En effet, les apprenants ont de très fortes attentes sur la qualité des enseignements en ligne, avec le plus souvent comme seul référentiel l’enseignement en présentiel (présence et disponibilité de l’enseignant, feedbacks réguliers, interactions entre les apprenants, etc.). Toujours selon l’étude publiée par AMBA (2021), 54% des répondants ont ainsi déclaré que les enseignements en ligne asynchrones offrent une expérience d’apprentissage inférieure à celle de l’enseignement en face à face en salle de classe. La qualité perçue reste encore un enjeu dans la digitalisation des enseignements.

    L’une des solutions dans une logique de « personnalisation de masse » pour les établissements est le développement des learning analytics permettant un suivi automatisé et en temps réel dans l’apprentissage. C’est le cas par exemple de la certification PIX qui a développé des tableaux de bord très poussés en matière de suivi pédagogique. Ce type de dispositif doit être pleinement pensé et intégré dans le fonctionnement des cursus et des équipes pédagogiques mais constitue déjà un premier niveau de réponse pour les établissements de l’enseignement supérieur.

    Bibliographie

    Ben Abid-Zarrouk, S. (2011). Une analyse de l’équité d’un enseignement en ligne. Distances et savoirs, vol. 9(1), 97-129.

    Benraouane, S.A. (2011). Guide pratique du e-Learning – Conception, stratégie et pédagogie avec Moodle, Dunod.

    Genevoix, S., Poyet, F. (2009). Les usages pédagogiques des ENT d’Isère et d’Auvergne. Rapport d’étude. Lyon : INRP.

    Ghozlane, S., Deville A et Dumez, H. (2016). Enseignement supérieur : mythes et réalités de la révolution digitale, Annales des Mines – Gérer et comprendre 2016/4 (n° 126).

    Jacquot, T., Hoffman, S. (2021). Vers un monde digitalisé de la formation. Projectics / Proyéctica / Projectique, 29, 39-60.

    Tran, S. (Sep 2020). L’enseignement supérieur va-t-il être disrupté par de nouveaux acteurs ?. Management et Datascience5(1). https://doi.org/10.36863/mds.a.14220.

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