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L’utilisateur face aux risques de la servitude numérique

  • Résumé
    Une étude récente publiée dans la Journal of Social and Clinical Psychology (Hunt, Marx, Lipson et Young, 2018) et révélée par Bruno Patino (2022) évalue à 30 mn, le temps maximum d’exposition aux réseaux sociaux (instagram, twitter, facebook…) et aux écrans d’internet, au-delà duquel le consommateur-utilisateur peut subir une menace pour sa santé mentale. Comme le révèle l’auteur, directeur de l’école de journalisme à Sciences Po Paris, cette évolution de dépendance, construite sur un modèle de servitude,  n’était pas écrite. Elle vient progressivement remplacer la satisfaction (généralement issue de de repères éducatifs et culturels) par l’addiction.
    Citation : Meier, O. (Août 2022). L’utilisateur face aux risques de la servitude numérique. Management et Datascience, 6(3). https://management-datascience.org/articles/20600/.
    L'auteur : 
    • Olivier Meier
       (olivier.meier@iutsf.org) - UPEC
    Copyright : © 2022 l'auteur. Publication sous licence Creative Commons CC BY-ND.
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    Texte complet

    Adieu l’inspiration, la créativité, l’imagination. Bienvenue à l’économie de l’attention fondée sur l’hystérisation et l’extension infinie des informations (et autres notifications). Bruno Patino nous alerte sur une situation préoccupante dont les effets se font déjà ressentir aux Etats-Unis, puisque selon la fondation Kaiser Family, les jeunes américains consacrent 8 heures par jour aux technologies de tous ordres mettant en jeu, des écrans connectés !

    Cette réalité a naturellement des conséquences directes sur l’état de santé des populations, notamment auprès des jeunes utilisateurs en proie à des angoisses et stress fréquents et à une paralysie des cellules actives de nos cerveaux. Trois phénomènes se conjuguent : le besoin à la façon d’une drogue, d’augmenter les doses de réception des informations pour maintenir le même taux de satisfaction ; l’incapacité à faire preuve de résistance face l’exposition des objets connectés ; un phénomène de servitude qui nous rend psychologiquement dépendant de ces technologies. Il y a alors bien le risque de devoir se transformer en des « poissons rouges dans un bocal » dépourvus de toue conscience et liberté individuelle, soumis à une masse d’informations et de sollicitations, sous le contrôle des algorithmes et des robots.

    L’économie de l’attention crée dès lors un paradoxe difficile à maîtriser : tout conduit à capter le temps (et l’énergie) des utilisateurs, en leur proposant d’en gagner. Le temps gagné ou la promesse d’optimisation est rarement supérieur au temps investi. Il vient surtout à lui faire perdre le sens des priorités et la patience, alliés essentiels de la réflexion. Le mécanisme qui se met en place, se trouve ainsi en déséquilibre permanent, en plongeant l’individu dans une fuite en avant, sans réel contrôle sur le processus et les résultats attendus en termes de satisfaction ou de performance. Ce dernier échappe totalement à l’utilisateur qui devient progressivement spectateur (et non acteur) de l’exploitation effrénée de cette attention numérique. Il n’y a plus de temps de repos, où l’on pouvait laisser vagabonder son esprit. La connexion permanente et la mobilité ont pris le pas sur les relations interpersonnelles (échanges, discussions, débats) ou intimes, le temps spirituel (activités religieuses, artistiques ou philosophes) et le temps doucement inutile (attitude contemplative, rêverie, flânerie), en sursollicitant nos sens (Foer, 2017).

    Notre vie culturelle et intellectuelle est ainsi devenue un mouvement continu représenté par de courts messages (notifications, alertes, capsules vidéo, messages éphémères…) et des effets visuels (images, photos, dessins…). Elle a aussi comme particularité de proposer des vibrations visuelles et sonores à destination de l’individu (activité personnelle) plus que du groupe (activité collective), où désormais le divertissement, le plaisir et les « pseudo-événements » (Boorstin, 1992) ne se partagent plus ou moins. Les informations collectées vont avoir tendance à se concentrer sur le comportement passé de l’utilisateur, les données en lien avec ses goûts ou opinions, les thématiques proches de ses préférences, amenant dans bien des cas à surestimer ou sur-représenter l’impact de telle ou telle information (génération des « infox » au détriment de la vérité).

    Les conséquences ne sont donc pas anodines. Comme le montre Bruno Patino, elles conduisent par construire le contexte même de l’utilisateur, endoctriné par ses propres envies et opinions, en le détournant des autres et d’une réalité souvent plus globale et plus complexe. Attention par conséquent à ce que l’économie de l’attention numérique ne devienne pas au fil du temps l’économie du bruit numérique (l’empire des croyances et de l’émotion) et du déséquilibre permanent (le règne de l’outrance et de la défiance).

    Bibliographie

    Boorstin D.J. (1992), The Image: A Guide to Pseudo-Events in America, Vintage, Books.

    Foer F. (2017), World without Mind, The existential Threat of Big Tech, Penguin Press, New-York.

    Hunt, M. G., Marx, R., Lipson, C., & Young, J. (2018). No More FOMO : Limiting Social Media Decreases Loneliness and Depression. Journal of Social and Clinical Psychology, 37(10), 751‑768.

    Patino B. (2022), La civilisation du poisson rouge : petit traité sur le marché de l’attention, Le livre de Poche.

     

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